Visite au Domaine E. Guigal (Ampuis)

Visite au Domaine E. Guigal
20 décembre 2004, Ampuis 

Petite visite au domaine Guigal dans le sillage de mon ami Philippe. Le pèlerinage annuel permet de découvrir les derniers crus mis à la vente et de discuter des millésimes plus récents.

Cette année à nouveau, 2003 et 2002 sont au centre du débat.  Des millésimes tellement décrits qu’on pense tout savoir : 2002 est vert, 2003 est cuit. Dans les deux cas les volumes de récolte sont en baisse et ce sera difficile de trouver chaussure à son pied. Une maison comme Guigal se différencie toutefois des autres pour deux raisons :

  • En tant que maison de négoce, une année catastrophique se traduit par une réduction des achats, résultat d’une trie toute aussi sévère que les années précédentes.
  • L’expérience australienne de Philippe Guigal lui a permis d’appréhender le millésime 2003 plus sereinement que des vignerons qui n’étaient pas habitués à ces fortes chaleur se traduisant par une forte maturité des raisins, mais aussi et surtout une température des raisins qui arrivent en cuverie très supérieure à la normale (plus de 40 degrés parfois)

2003 a été extrême dans la chaleur et la surmaturité. La chaleur pose des problèmes de contrôle de fermentation, et requiert du savoir-faire au pressoir et en cuverie. La surmaturité pose des problèmes de choix dans la date des vendanges, les taux de sucre pouvant parfois croître fortement et l’acidité chuter sans que la maturité phénolique soit parfaite. Les rendements bas et le tri ont en outre amputé 30 à 40% de la récolte.

2002 a été une année de catastrophe naturelle dans la partie Sud du Rhône. Avant de parler de maturité des grappes et de millésime de vin, il faut penser aux nombreux morts, ensevelis dans leur voiture ou leur maison. Il faut se rappeler ces torrents de boues, ces inondations, ces vignes inondées avec plus d’un mètre d’eau. Il faut se souvenir que Robert Parker, en visite dans la région, a failli y rester à jamais, lorsque sa voiture fut renversée par la montée brutale des eaux. Il faut enfin mentionner les milliers d’hectares de vigne qui n’ont pas été vendangés car les vignes étaient sous l’eau, ainsi que les vignes qui ont été ravagées/arrachées par les courants d’eau.

Après avoir goûté chez ses fournisseurs habituels, la maison Guigal a décidé de ne pas produire de Chateauneuf du Pape ni de Gigondas en 2002. Le Cotes du Rhône rouge, tête de proue de la maison alimenté par les raisins près de 200 vignerons, a été produit à hauteur d’un dixième d’une production normale, soit 250 000 bouteilles.

2002 a été moins catastrophique dans la partie Nord de la vallée du Rhône, les dégâts matériels furent moindres. Le mauvais temps a tout de même posé de gros soucis aux vignerons, souvent confrontés à des grappes de syrah dont la partie supérieure était verte, la partie médiane mure et la partie inférieure pourrie. Il a fallu trier fortement les raisins qui arrivaient à la cuverie, avec parfois jusqu’à 40% de rejet.

Au final, et avant de passer à la dégustation, 2002 et 2003 se caractérisent surtout par des volumes de production très inférieurs à la moyenne, ce qui pose des problèmes commerciaux sur les marchés où l’inertie est grande (les Côtes du Rhône ou les Gigondas s’achètent souvent dans le monde par palettes entières, avec des commandes renouvelées de millésime en millésime). La préoccupation d’un grand négociant qui vend des grands volumes n’est donc pas la même que celle d’un petit producteur qui vend sa production à des particuliers qui lui rendent visite au domaine.

La dégustation

Les Blancs

Crozes-Hermitage Blanc 2003 – E. Guigal : Le nez est floral et marqué par des notes d’amande. LA bouche est légère, aérienne avec le coté crayeux en finale des vins jeunes. Un vin pourtant assez équilibré. Bien

Saint-Joseph Blanc 2003 – E. Guigal : Nez floral, intense, avec des arômes de verveine mais aussi de vernis. La bouche est grasse et parfumée, avec des notes de bois un peu sèches. Bien

Saint-Joseph blanc lieu-dit Saint-Joseph 2003 – E. Guigal : Nez floral, parfumé. La bouche est grasse et ronde, avec beaucoup de finesse et de pureté. Une finale un peu beurrée pour ce vin à garder quelques années. Très Bien.

Hermitage Blanc 2001 – E. Guigal : Le nez est parfumé, marqué par des fleurs blanches et de l’anis. La bouche est dense et riche, assez sèche, acidulée, un peu austère, avec une finale sur l’amande verte. Bien.

Hermitage blanc ex-voto 2001 – E. Guigal : premier millésime pour cette cuvée issue des vignes rachetées au domaine Grippat. Le nez est très parfumé, avec du pain grillé, de l’abricot, du miel. La bouche est fine, grasse et acidulée, avec un bel équilibre. Le bois est à peine perceptible, un superbe vin à dominante marsanne. Très Bien.

Condrieu 2003 – E. Guigal : Le nez est très pur, plaisant, sur les fruits blancs. La bouche est parfumée, encore un peu marquée par du gaz carbonique, mais avec beaucoup de finesse. Très Bien.

Condrieu La Doriane 2003 – E. Guigal : Le nez est fortement marqué par du pain grillé et de l’herbe fraîche. La bouche est grasse, boisée, avec des notes de levure et de fruits jaunes qui masquent une acidité peu perceptible. L’ensemble est encore dans sa prime jeunesse et a besoin d’un peu de temps pour se fondre, mais ce n’est pas trop mon style de vin. Bien.

Les Rouges

Côtes du Rhône rouge 2001 – E. Guigal : Le nez est épicé, parfumé. La bouche est sèche et corsée. Un vin qui arrive tout doucement à maturité, fortement marqué par la syrah (55% Syrah, 30% grenache, 15% Mourvèdre).

Crozes-Hermitage rouge 2002 – E. Guigal : Le nez est un peu réduit, fumé avec des notes animales. La bouche est assez corsée, marquée par une sècheresse due au bois, avec un aspect un peu végétal en milieu de bouche. La finale est assez corsée, mais le fruit est peu en retrait. Bof.

Saint-Joseph rouge lieu-dit Saint-Joseph 2002 – E. Guigal : Le nez est cette fois parfumé, sur des notes de cassis et de cuir. La bouche est fruitée et corsée, avec des tanins assez sensibles. Bien

Hermitage rouge 2002 – E. Guigal : cette cuvée comprend les parcelles du domaine de Vallouit qui ont créé la cuvée ex-Voto en 2001. Le nez est un peu réduit avec des épices. La bouche est fine, fruitée, avec de beaux tanins, et possède un bel équilibre. Le vin est très réussi et devait arriver à maturité rapidement. Très Bien.

Côte Rôtie Château d’Ampuis 2001 – E. Guigal : Le nez est fumé, avec des notes de cassis et de réglisse. La bouche est ronde, minérale, sèche et parfumée. Très Bien

Côte Rôtie La Mouline, La Landonne, la Turque 2003 – E. Guigal. Echantillons tirés sur fut après 12 mois d’élevage en barrique neuve. Les trois vins sont extraordinaires, murs sans tomber dans la lourdeur ou la sucrosité. La Mouline et sa finesse légendaire a ma préférence, La Landonne et son coté médocain donne plus dans la minéralité, et la Turque regorge d’épices comme à son habitude.  Trois vins d’anthologie sur un millésime qui s’annonce comme très grand. A noter le bois neuf qui n’est pas du tout perceptible. Excellent.

Cette dégustation sur fut termine un tour d’horizon très intéressant de la gamme des vins de ma maison Guigal. Philippe Guigal a été un guide très apprécié, ouvert à la discussion y compris sur des sujets sensibles, et montrant de l’intérêt à l’avis des amateurs venus déguster.

A la sortie, déjeuner au bistrot sur la place de l’Eglise à Ampuis, avec un Côte Rôtie le Grand Plessis 1999 de Gilles Barges, fruité et souple, ainsi qu’une Cote Rôtie 2001 de Jasmin, un peu plus ferme sur des arômes d’olive et de viande séchée. Puis, promenade dans les vignes de la Turque. Lorsqu’on passe 4 heures de cette manière, on comprend mieux que le temps peut parfois suspendre son vol !

Thierry Meyer