Les Tokays 1983 de la Confrérie Saint-Etienne

18 octobre 2007 : 10 ans avant que la dénomination Pinot Gris s’impose en complément obligatoire sur les étiquettes, le Pinot Gris s’appelait encore Tokay d’Alsace avec de rares mentions à « Pinot Gris ». Un tour d’horizon des tokays du millésime 1983 présents dans l’oenothèque de la Confrérie Saint-Etienne a permis de découvrir une série de vins encore très jeunes, de style souvent sec avec une acidité plus marquée que celle attendue dans ce millésime chaud. Tour d’horizons en 11 vins de Barr à Orschwihr.

Si on enlève les 20 dernières années, le millésime 1983 est un des millésimes les plus chauds de l’après guerre. En lisant les notes du Civa on se rend compte que des vendanges qui débutent le 26 septembre (pour le crémant, l’AOC Alsace débutant le 6 octobre) sont considérées comme précoces. 1983 a connu la surmaturité, mais en présence de temps sec la concentration s’est faite majoritairement par passerillage, seuls quelques endroits plus humides ayant pu avoir du botrytis. Les mentions « vendanges tardives » et « sélection de grains nobles » se font plus fréquentes, sans pour autant être encore réglementées par le décret de 1984. L’abondante récolte du millésime 1982 permet en effet aux vignerons de prendre des risques en laissant des raisins continuer leur maturation, mais va leur permettre également de prolonger les élevages en foudre ou cuve, repoussant le moment de la commercialisation. Le climat a conservé un bon état sanitaire aux tokays, très réussis dans le millésime, et qui ont vieilli de manière harmonieuse.

Tokay Cuvée Exceptionnelle 1983 – Jean-Paul Ecklé (Katzenthal) : La robe est brillante, jaune citron avec de grosses larmes. Le nez évoque un vin mûr à maturité, avec des arômes de fruits secs, de coing, de poire et de mirabelle, évoluant lentement en gagnant légèrement en intensité. La bouche est souple, de bonne densité avec du gras, très nette sans avoir beaucoup de profondeur. L’équilibre aérien, la matière mûre et l’excellente stabilité dans le verre au bout de deux heures font de ce vin un exemple parfait d’un grand tokay arrivé à maturité. Se conservera dans cet état encore 10 ans au moins. Très Bien

Tokay d’Alsace 1983 – Charles Wantz (Barr) : la robe est claire et brillante mais prend des nuances paille. Le nez est ouvert, intense et mûr avec des arômes de rhum et de fruits macérés qui sont initialement plaisants, mais qui laissent rapidement place à des notes oxydées. La bouche est sèche, fine et évoluée, marquant un vin qui a passé son apogée et décline sérieusement. A boire sans attendre. Bof

Tokay Altenbourg 1983 – Paul Blanck (Kientzheim) : La robe est dense, jaune doré avec de belles jambes. Le nez est initialement discret, puis net avec des arômes de fleurs, de fruits à chaire blanche une note minérale. La bouche est ample, souple et bien structurée, avec une belle acidité combinée à un équilibre sec qui possède du gras. La profondeur du terroir argilo-calcaire a permis de conserver une belle charpente après 24 ans, et le vin devrait continuer son évolution sur les 15 prochaines années, si les bouchons le permettent. Très Bien

Tokay 1983 – Cave Vinicole d’Eguisheim (Eguisheim) : La robe est jaune doré, voire cuivrée avec une bonne intensité. Le nez est évolué, avec des arômes de foin, de cuir et de feuille morte. La bouche est fine, nette avec un moelleux encore perceptible, mais sa montre rapidement évoluée aromatiquement. Une cuvée au bouchage défectueux, à en croire le décalage entre les arômes vieux et la structure en bouche encore élégante. A regoûter. Non noté.

Tokay Réserve 1983 – Cave Vinicole de Bennwihr (Bennwihr) : La robe est brillante, jaune doré assez foncé. Après une légère aération qui lui a fait gagner en netteté, le bouquet se montre net, sur des arômes de fruits secs et de fumée, avec une bonne tenue à l’aération. La bouche est franche en attaque avec une belle pureté et des notes beurrées en évolution, laissant une sensation nette en finale. Un vin certainement plus évolué que la moyenne des autres, mais qui a très bien vieilli et qui devrait bien évoluer sur les 10 prochaines années. Bien.

Tokay 1983 – Dopff&Irion (Riquewihr) : La robe est brillante, jaune citron avec un bel éclat. Le nez est puisant, fumé avec des notes d’encaustique et de goudron mais un coté liégeux. La bouche est dense riche avec un moelleux fondu, une bonne densité et une légère minéralité, mais confirme le caractère liégeux du nez. A regoûter. Vin non noté.

Tokay d’Alsace 1983 – Bott-Geyl (Beblenheim) : La robe est jaune clair, intense avec des reflets dorés. Le nez possède une bonne intensité, mais se montre vieux avec des arômes de cuir et d’encaustique. La bouche est dense, saline et acidulée, avec une belle structure. La finale est longue. Le vin se montre bien structuré en bouche mais avec un nez relativement plus évolué. Une variation due au bouchon ? Le vin a de quoi tenir encore 15 ans en tout cas. Bien.

Tokay Réserve Personnelle 1983  Hugel et Fils (Riquewihr) : La robe est jaune citron, brillante avec un bel éclat. Le nez est jeune, net et intense avec des notes de fumé et de grillé qui complètent un bouquet de fruits secs et de coing. L’attaque en bouche est nette, fine et minérale, la charpente acide accompagnant à merveille une matière mure et dense pour donner un équilibre proche de la perfection. La longueur en bouche est remarquable. Issu de beaux terroirs à dominante calcaire autour de Riquewihr, voilà un vin de grande tenue, qui devrait se maintenir au top pendant 15 ans encore. Très Bien

Tokay 1983 – Mittnacht-Klack (Riquewihr) : on reste dans le même secteur que le vin précédent, mais avec un surcroît de surmaturité. La robe jaune dorée laisse place à un nez très jeune marqué par les fruits mûrs : fruits jaunes, abricots, miel d’acacia. La bouche est moelleuse, marquée par un équilibre de vendange tardive qui s’est bien fondu avec le temps, mais possède aussi une belle structure qui lui donne beaucoup d’ampleur et de caractère. Un vin qui possède un potentiel de garde important, au moins 15 ans. Très Bien

Tokay 1983 – François Braun (Orschwihr) : la robe est jaune doré, intense. Le nez est à la fois fruité et évolué, les arômes de fruits mûrs se combinant à des notes de rhum, d’encaustique et de fumée. La bouche est très moelleuse, possède encore du gaz, puis se montre souple avec un caractère légèrement déséquilibré par cette charge en sucre. S’agit-il d’un léger départ en fermentation ou d’une quantité importante de gaz à la mise ? Le vin en l’état manque de finesse, et s’il devrait se conserver encore une bonne dizaine d’année, il faudrait regoûter un flacon tant cet équilibre est différent du 1985 goûté l’an dernier. Bien

Tokay Réserve Personnelle 1983 – Bott Frères (Ribeauvillé) : la robe est dorée sur des nuances vieil or, intense et brillante. Le nez est complexe, surmuri et patiné par le temps avec des arômes de coing, de miel, de fumée et cuir. La bouche est ample, moelleuse, nette avec une belle acidité et des arômes de fruits compotés dans la finale. Un équilibre digne d’une vendange tardive et une bonne évolution prévisible sur les 20 prochaines années. Très Bien

Trois catégories de vins se retrouvent dans cette dégustation. Derrière deux vins qui devaient bien se goûter jeune mais aujourd’hui probablement atteints par la limite d’âge, on trouve des vins à l’équilibre et à la densité remarquables. La qualité du bouchage va influencer le caractère vieux des arômes du nez, distinguant les grandes bouteilles de la soirée des autres. Les bouchons sont dans l’ensemble imbibés, l’année 1983 ayant donné plus de problèmes de bouteille couleuse que 1982 par exemple. Est-ce lié au millésime de la récolte de liège ou du vin ? Toujours est-il qu’il ya des variations de bouteille, en témoigne les différences constatées sur certaines bouteilles déjà goûtées en octobre 2006.
Dans l’ensemble les robes sont encore très claires, et si la plupart des vins ont bénéficié d’une aération pour enlever leur caractère renfermé initial, ils se sont également bien tenus à l’aération. Les tokays de 1983 sont en majorité secs et en tout cas se montrent fondus 24 ans plus tard. Plus surprenant, la structure acide des vins est remarquable compte tenu de la chaleur du millésime, les rieslings du même millésime donnant parfois l’impression d’être plus souples. Est-ce du à une date de vendange plus tardive pour ce derniers ?

Les meilleurs Tokay 1983 de cette dégustation sont finalement de grands vins à maturité, parfaits à table sur une cuisine riche, à base de volaille, gibier à plume, champignons, légumes anciens et autres recettes de la cuisine d’automne.

Voir le compte rendu de la dégustation des Tokay 1985 faite en novembre 2006. La comparaison est intéressante avec des cuvées identiques aux 1983 dégustés.

Thierry Meyer

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Voir le programme 2007 des séminaires de vieux millésimes à la Confrérie Saint-Etienne