VT et SGN au Château de Kientzheim (full)

21 décembre 2006

Le cycle des séminaires de vieux millésimes organisés chaque mois au Château de Kientzheim par la Confrérie Saint-Etienne se termine généralement par une séance consacrée aux vendanges tardives et sélections de grains nobles. Si les vins portant ces deux mentions ne sont apparus que tardivement dans le concours du Sigille, et donc dans l’Oenothèque de la Confrérie, la dégustation permet de faire un tour d’horizon de la production alsacienne du nord au sud. Et de comparer les millésimes et les terroirs pour mieux comprendre l’alchimie des vins moelleux et liquoreux de la région. Tour d’horizon en 13 vins dont un vénérable gewurztraminer vendanges tardives de 1964.
Cette année encore, la sélection a fait la part belle aux 4 cépages autorisés à porter les mentions VT et SGN, et la sélection de vins de millésimes et terroirs parfois encore à la vente chez les producteurs a permis de bien préparer les fêtes de fin d’année.

Gewurztraminer Cuvée Camille Preiss Vendange Tardive 1964 – Preiss-Henny (Mittelwihr) : la seule bouteille vraiment âgée de la dégustation ne pouvait se goûter qu’en premier, la sucrosité fondue et la complexité d’un bouquet délicat auraient été plus difficiles à appréhender après une série de vins plus liquoreux. La robe est jaune or blanc, à peine dorée,  d’une limpidité et d’une brillance incroyable. Le nez est initialement fermé, sur l’encaustique et les épices douces, puis s’ouvre à l’aération et à la montée en température sur un bouquet d’une rare complexité : tour à tour apparaissent des arômes de noix, de safran, de fleur d’oranger, puis de curry, de menthe sèche et même une note de noix de coco. On ne se lasse pas de plonger le nez dans le verre durant la demi-heure qui suivra le service. La bouche se montre encore alerte, fine avec du gras en attaque, témoin d’un léger moelleux fondu, puis gras, épicée avec des arômes de pralin en fin de bouche. Le milieu de bouche est plus subtil et gras que vraiment moelleux, cependant la fin de bouche offre une rétro-olfaction d’une grande longueur – finale en queue de paon diront les anciens. A plus de quarante ans d’âge, ce vin se montre encore d’un équilibre remarquable, et ne montre pas de signe de déclin. Un trésor qui n’est malheureusement pas issu l’Oenothèque de la Confrérie, mais déniché lors de la vente aux enchères de la cave du restaurant « Le Fer Rouge » de Colmar qui a eu lieu dix jours plus tôt. Une rareté à faire découvrir au plus grand nombre car de tels flacons deviennent malheureusement rares dans la région. Très Bien.

Les vins suivants sont goûtés par paire.

Gewurztraminer Kaefferkopf Vendanges Tardives 1997 – Kuehn SA (Ammerschwihr) : la robe est jaune doré de nuance vieil or, très brillante. Le nez est intense, d’abord floral puis marqué par des notes de miel, de citronnelle et d’épices. L’attaque en bouche est moelleuse, puis le vin se montre aérien, riche et ample, avec des arômes de pralin et une pointe d’alcool en finale. L’ensemble est équilibré, sans aucune lourdeur, et se montre parfait à boire aujourd’hui. A boire dans les 10 ans. Très Bien

Gewurztraminer Vogelgarten Vendanges Tardives 1996 – René Barth (Bennwihr) : La robe est de nuance jaune or vert. Le nez est intense, complexe et frais avec des arômes de fruits exotiques, de truffe, de musc et de coing. L’attaque en bouche est moelleuse puis le vin se montre frais, aérien et équilibré, avec une dominante de truffe en finale. Un vin marqué par la fraîcheur du millésime, à boire dans les 5 ans pour conserver le caractère fondu et aérien du fruit. Bien
L’entrée en matière avec deux gewurztraminers de millésimes voisins permet de répondre sans ambiguïté à la question du rôle des millésimes dans les vins moelleux. 1996 et 1997 sont très typés et offrent des équilibres aromatiques nettement distincts. On retrouvera par la suite ces différences avec d’autres cépages.

Muscat Vendanges Tardives 2003 – Cave Vinicole d’Ingersheim : Le muscat vendange tardive est une cuvée rare car le cépage est faiblement planté et que la surmaturation est difficile à obtenir. Le millésime 2003 a permis de produire une quantité très au dessus de la moyenne de muscat moelleux, en VT ou SGN. La robe de cette cuvée est or vert, avec une belle brillance. Le nez est initialement marqué par de l’acidité volatile, puis présente de manière plus nette des arômes de miel, de citronnelle et de fleurs blanches. La bouche est moelleuse en attaque, souple et légère avec beaucoup de douceur. La fin de bouche est souple et moelleuse, très parfumée avec une pointe d’alcool. Un vin passerillé à boire d’ici 5 à 8 ans pour profiter de la fraîcheur du fruit. Bien

Riesling Vendanges Tardives 1995 – Emile Beyer (Eguisheim) : la robe est doré, de nuance vieil or avec de légers reflets cuivrés. Le nez est légèrement évolué, très mûr et de bonne intensité avec des arômes de coing, de miel et de fumé. La bouche est moelleuse en attaque, puis légèrement amère avec des notes d’écorce d’orange typiques du millésime, mais aussi des arômes de miel et d’agrumes confits. L’acidité du cépage donne de la fraîcheur à l’équilibre, et la légère évolution apporte une touche de complexité à la fin de bouche. Une cuvée élégante à maturité, à boire dans les 10 ans. Bien

Deux vins très différents, bus côte à côte en transition avec les vins suivants issus de grands crus.

Riesling Grand Cru Zinnkoepflé Vendanges Tardives 1998 – Seppi Landmann (Soultzmatt) : la robe est dorée, de nuance vieil or. Le nez est discret, avec des arômes nets de silex et de fruits confits. La bouche possède une attaque moelleuse avec une liqueur concentrée, évoluant sur un registre rond et fin avec une acidité fine qui donne une touche saline à l’ensemble. La fin de bouche est nette avec des arômes de pamplemousse rose et d’agrumes confits, avec une grande longueur. Toute la finesse du Zinnkoepflé se retrouve dans ce riesling surmuri, qui se boit déjà bien mais supportera une garde d’au moins 20 ans. Très Bien

Riesling Grand Cru Kanzlerberg Vendanges Tardives 1997 – Sylvie Spielmann (Bergheim) : La robe est jaune doré, profonde et brillante. Le nez est marqué par des arômes d’ortie, d’herbe fraîche et de fumée qu’on retrouve souvent dans les vins du Kanzlerberg. La bouche est moelleuse en attaque, puis riche, très pur et élégante avec une minéralité puissante qui domine le cépage et le millésime. Cette vendange tardive est avant tout un vin qui magnifie son terroir. Un vin qui devrait évoluer favorablement ces 15 prochaines années.  Très Bien

Sur les deux derniers rieslings, la signature du millésime et du terroir est évidente lorsqu’on connaît l’origine des vins. La mention « vendange tardive » n’est pas l’attribut principal de ces deux flacons, contrairement aux vins auxquels on pense quand on commande un verre de « vendange tardive » à l’apéritif.

Pinot Gris Cuvée Caroline Vendanges Tardives 1997 – Kuentz-Bas (Husseren-Les-Châteaux) : Dernière cuvée des vendanges tardives, ce pinot gris présente une robe jaune doré claire, dense et brillante. Le nez est d’intensité moyenne, marqué par des arômes de sous-bois, de miel et de coing. L’attaque en bouche est moelleuse, dense et acidulée, évoluant sur un équilibre corsé qui conserve une belle acidité. Le terroir du Pfersigberg ne doit pas être étranger à cette superbe structure. Un vin corsé, puissant qui s’ouvre doucement, mais qui a au moins 20 années devant lui pour gagner en complexité. Du très beau travail. Très Bien

La série des vendanges tardives a permis de percevoir l’influence des terroirs et des millésimes sur l’équilibre de chaque vin, les vins suivants vont permettre de voir si les sélections de grains nobles sont également marquées par ces facteurs.

Riesling Sélection de Grains Nobles 1998 – François Braun (Orschwihr) : La robe est vieil or. Le premier nez est discret avec de l’acidité volatile, puis le vin prend des notes fumées qui restent discrètes. La bouche est élégante, moelleuse en attaque puis fine et moyennement corsée, évoluant avec des notes d’agrumes mûrs et une légère amertume. La finale est de bonne longueur avec des arômes de pamplemousse. Une sélection de grains nobles qui se montre fermée, à regoûter dans les 10 ans pour surveiller son évolution. Bien

Riesling Grand Cru Furstentum Sélection de Grains Nobles 1995 – Paul Blanck (Kientzheim) : La robe est jaune doré avec des reflets ambre. Le premier nez est discret, fumé et grillé, prenant des notes de miel et de kumquat confit à l’aération. La bouche se présente liquoreuse et très puissante en attaque, puis réussit le tour de force de revenir sur un équilibre profond et gras avec une liqueur présente soutenue par une acidité très présente. La fin de bouche est nette, profonde avec des arômes de miel et d’écorce d’agrume. Telle une main de fer dans un gant de velours, version inoxydable bien entendu, cette cuvée possède un énorme potentiel de bonification. Arrivera-t-on à garder suffisamment de ces précieuses demi-bouteilles en cave pour suivre l’évolution de ce vin sur les 50 prochaines années ? Excellent

Tokay Pinot Gris Grand Cru Zinnkoepflé Sélection de Gains Nobles 1998 – Seppi Landmann (Soultzmatt) : La robe est intense, de nuance vieil or. Le premier nez est discret, avec des arômes de champignon, de miel et une pointe d’acidité volatile, évoluant lentement à l’aération sur des notes de truffe, d’ananas et de fruits jaunes. L’attaque en bouche est liquoreuse, puis le vin se montre plus souple, riche et épicé avec une sensation plus sèche en fin de bouche. Un vin corsé qui conserve une bonne finesse. On retrouve la pureté des fruits exotiques et la légère salinité en bouche du riesling VT 98 bu précédemment. Un vin de grande garde, qui évoluera bine ces 20 prochaines années. Très Bien

Pinot Gris Sélection de Grains Nobles 1996 – Fernand Engel (Rorschwihr) : La robe est jaune vieil or, brillante et dense. Le ne est très typé 1996 avec des arômes de coing, de truffe et de miel, évoluant sur des arômes de champignon. L’attaque en bouche est moelleuse, puis légère, grasse avec des arômes de pralin. La fin de bouche est longue avec des notes grillées. Une sélection de grains nobles qui conserve beaucoup de fraîcheur, à boire au cours des 15 prochaines années. Très Bien

Pinot Gris Grand Cru Rangen Sélection de Grains Nobles 1996 – Domaine Schoffit
(Colmar) : La robe est ambrée, foncée et profonde avec une belle brillance. Le nez est très mûr, avec des arômes de miel, pralin, datte et des notes épicées à l’aération. La bouche est liquoreuse en attaque, finement acidulée et affichant rapidement son origine avec un équilibre corsé, tourbé et fumé. La fin de bouche est longe avec des arômes de coquille d’huître et de tourbe. Un vin intense très marqué par le terroir du Rangen, sur un style qui ne plait pas à tout le monde. Un qui devrait bien vieillir avec un renforcement du caractère tourbé. A suivre sur les 15 prochaines années. Excellent

La dernière paire permet de constater l’effet millésime 1996, ainsi que l’effet du terroir. Les deux vins offrent des équilibres très différents, avec un vin de Fernand Engel plus consensuel auprès des participants.

La dégustation de clôture annuelle était intéressante à plus d’un titre. Elle a permis de constater les différences d’équilibres des vins moelleux issus principalement des millésimes 1995 à 1998, et de constater que derrière les mentions VT et SGN se cachaient des styles très différents. L’absence de millésimes anciens en grand nombre entraîne mécaniquement la dégustation de vins parmi ceux qui ont le plus grand potentiel de garde. C’est dommage pour l’Oenothèque de la confrérie, qui ne stocke en outre parfois que 6 bouteilles de chaque vin Sigillé portant les mentions VT et SGN (le nombre a été abaissé de 12 à 6 pour ne pas trop amputer les stocks des vignerons sur ces cuvées parfois rares). Espérons qu’il y aura encore de quoi faire de belles dégustations de VT et SGN de 20, 30 voire 40 ans d’âge.

Thierry Meyer
 
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