Paul Ginglinger (Eguisheim)

Visite au domaine Paul Ginglinger - Eguisheim
13 décembre 2005

 

Rencontre avec Michel Ginglinger, qui a repris en 2000 l’exploitation de son père Paul. Quelques vins du domaine on fait notre bonheur cette année lors des soirées dégustations, et Michel est venu à plusieurs reprises participer à nos soirées. Il fallait faire un tour complet de la cave et déguster l’ensemble de l’offre.

 

Photo : On est à Eguisheim, les clés des foudres portent la marque du pape local Léon IX

Petit arrêt dans la cuverie histoire de goûter quelques vins en élevage : un muscat 2005 quasiment prêt, floral et musqué, un pinot auxerrois 2005 tendu comme un arc et très fruité, et le Pinot Noir les Rocailles 2004 en fin d’élevage, très concentré avec un boisé très marqué. Après un petit tour par l’oenothèque familiale, nous passons en revue les vins proposés à la vente en décembre 2005 (prix TTC départ cave indiqués).

Crémant d’Alsace Cuvée Prestige – Paul Ginglinger (7.00€) : La robe est jaune pâle, avec une bulle assez fine. Le nez est fruité, très mûr avec des notes de petits fruits : framboise, groseille à maquereau. La bouche est sèche, assez vive avec un caractère épicé et des notes de fruits secs. Un crémant bien équilibré, faiblement dosé et très fin. Assemblage de pinot blanc et pinot auxerrois. Bien

Sylvaner 2004 – Paul Ginglinger (5.20€) : Le nez est mûr, parfumé mais encore sur des notes d’élevage, houblon, levures, coquille d’huître. La bouche est fine, dense et assez grasse, légèrement perlante, citronnée avec des notes d’amande fraîche qui donnent un peu d’amertume en fin de bouche. Un sylvaner bien fait, issu d’un sol argileux, à attendre un peu. Bien

Clevner 2004 – Paul Ginglinger (5.50€) : Un assemblage de pinots à majorité de pinot auxerrois, même 100% auxerrois en 2004. Le nez est assez intense, avec des arômes de pierre à fusil et de beurre, et encore des notes fermentaires. La bouche est grasse, ronde et enveloppante, avec une acidité qui apparaît progressivement. La fin de bouche est longue et minérale avec des notes de pierre. Le vin se montre encore d’une complexité moyenne, mais est déjà très expressif et semble provenir d’un très beau terroir. Très Bien

Riesling 2003 – Paul Ginglinger (5.70€) : Dernier de la gamme des génériques, c’est un des rares 2003 encore en vente. Le nez est très parfumé, floral et exotique avec des aromes de pivoine, citron, mélisse, physalis et jasmin. La bouche est assez sèche, légèrement évoluée, assez grasse avec des notes de menthe. L’équilibre est marqué par le millésime mais le vin est bien structuré. Bien

Riesling Drei Exa 2002 – Paul Ginglinger (7.50€) : Au cœur de la gamme,  un riesling issu d’un sol calcaire. Le millésime 2002 est encore à la vente dans la catégorie des « vins de réserve ». Le nez est très parfumé, sur des notes de citronnelle et d’agrumes confits. La bouche est vive, sèche, avec un fruit très prononcé et une légère amertume en finale. Un bel équilibre très vif avec une belle acidité tartrique mais également mûr, qui possède déjà une légère évolution et un fondu qui le rendent plus facile à boire que les 2004. Le style est un peu similaire au Riesling Patergarten 2002 de Blanck goûté le mois dernier. Un très beau vin. Très Bien

Riesling Drei Exa 2003 – Paul Ginglinger (7.00€) : le nez se montre plus beurré, floral, avec des arômes de fruits exotiques. La bouche est un peu perlante, grasse, fruitée avec une sensation acide plus marquée que dans le riesling générique. Une belle réussite dans le millésime. Bien

Riesling Drei Exa 2004 – Paul Ginglinger (pas en vente) : Le nez se montre à nouveau fruité, sur des agrumes avec une bonne maturité exprimée par des notes de nougat. La bouche est un peu perlante, vive avec des notes citronnées, très riche et long en finale, mais l’acidité est encore un peu agressive, en comparaison du 2002. Attendre encore un peu pour en profiter pleinement. Très Bien

Muscat Cuvée Caroline 2004 – Paul Ginglinger (7.00€) : le nez est très parfumé, épicé avec des notes de fleurs (jasmin, lilas). La bouche est sèche, musquée et très fine, fruitée avec une acidité marquée. Un vin complexe qui se gardera longtemps mais qui se boit déjà très bien. Se goûte différemment que lors de notre soirée muscat au printemps dernier. Très Bien

Riesling Grand Cru Pfersigberg 2004 – Paul Ginglinger (10.50€) : Le nez est assez discret, avec des arômes d’agrumes, d’ananas et des notes florales. La bouche est riche, minérale, avec une acidité fine et citronnée en milieu de bouche. La final se fait légèrement amère, avec des arômes de pêche bien évidemment (Pfersigberg = la montagne des pêches). Le vin est très sapide, et dispose d’un gros potentiel de garde. J’ai retrouvé la même acidité fine dans le Pfersigberg 1988 le mois dernier.

Riesling Grand Cru Eichberg 2004 – Paul Ginglinger (11.00€) : Contraste de terroirs avec le Pfersigberg un peu austère, l’Eichberg dispose d’un microclimat sec et chaud qui favorise la maturité précoce des raisins. Le nez est très mûr et très fruité, avec des arômes de fruits exotiques, mangue, fruit de la passion, et des notes d’abricot dans un style qui pourrait rappeler un Condrieu. La bouche est grasse, légèrement moelleuse (environ 12g/l de sucre résiduel), très fine avec une acidité marquée, l’équilibre sucre/acidité se traduisant par une sensation d’agrumes confits. Un très beau vin demi-sec, typé Eichberg. Très Bien

Pinot Noir 2004 – Paul Ginglinger (7.00€) : Le nez est parfumé, avec des arômes de fruits rouges et de champignon (girolle). La bouche est dense, fruitée et assez corsée avec des tanins un peu secs. Un pinot noir élevé en cuve doté d’une belle matière. La cuvée 2004 élevée en fût fera son apparition l‘année prochaine Bien

Pinot Noir « Les Rocailles » 2003 – Paul Ginglinger (12.00€) : Une cuvée élevée en fûts en partie neufs. Le nez est toasté, avec des notes de barrique et de pain grillé. La bouche est très dense, tannique avec un fruité encore un peu masqué par le bois. Attendre qu’il se fonde un peu. Bien

Tokay Pinot Gris cuvée des Prélats 2004 – Paul Ginglinger (7.00€) : Le nez est parfumé, floral, avec des notes d’herbe séchée et de houblon. La bouche est grasse, finement acidulée avec un léger moelleux (environ 14 g/l de sucre), dans un équilibre fin qui a beaucoup de relief. Un vin élevé sur lies qui se dévoile doucement. Bien

Tokay Pinot Gris Grand Cru Eichberg 2004 – Paul Ginglinger (10.50€) : Le nez est marqué par des fruits exotiques, dans un style similaire au riesling Eichberg 2004. La bouche est mielleuse, ronde avec une acidité très fine, développant surtout beaucoup de gras. La finale est longue avec des arômes d’abricot. Le vin a un gros potentiel de garde, mais se montre déjà très charmeur et très élégant. Peut-être le vin qui se goûte le mieux de toute la gamme. Très Bien

Gewurztraminer Wahlenbourg 2004 – Paul Ginglinger (7.70€) : Le Wahlenbourg est un des trois châteaux qui surplombent le village. Le nez est mûr, floral avec des arômes de fruits exotiques, et à l’aération prend des notes épicées (laurier, girofle). La bouche est ample, pure, fruitée avec un moelleux très agréable, et reste structuré par une acidité qui apparaît plus fortement en finale.  Le vin est déjà bien ouvert. Très Bien

Gewurztraminer Grand Cru Pfersigberg 2004 – Paul Ginglinger (10.50€) : Le nez est plus fin que le vin précédent, avec des notez de champignon frais, de miel et d’épices. La bouche est fruitée, fondue avec un moelleux bien équilibré. Le vin possède une grande sapidité, ce qui le rend très plaisant à boire. La finale est un peu marque par le sucre et des notes d’abricot. Un vin déjà très ouvert, au gros potentiel de garde. Très Bien

Gewurztraminer Grand Cru Eichberg 2003 – Paul Ginglinger (10.50€) : Le nez est plus expressif, fruité sur de la pêche, de la cerise et du cassis, floral avec des notes de géranium et jasmin, et très épicé sur des arômes de laurier. La bouche est corsée, assez ronde avec une acidité et des tanins qui évitent la lourdeur. Le sol marno-calcaire du terroir a permis de produire un gewurztraminer puissant. Il sera parfait à table. Très Bien

Gewurztraminer Vendanges Tardives 2000 – Paul Ginglinger (22.00€) : le nez est assez discret, avec des notes de miel, pêche et pralin. La bouche est moelleuse, marquée par des arômes de fruits jaunes, mais propose un équilibre moyennement acide qui passe moins facilement derrière tout cette série devins du millésime 2004. Le vin est encore peu évolué et gagnera en fondu dans quelques années. Bien

Pour finir, un vin expérimental goûté à l’aveugle:

Pinot Blanc Barrique 2003 – Paul Ginglinger : la robe est jaune citron, dense et brillante avec des reflets dorés. Le nez est boisé, fruité avec des arômes d’abricot et de pêche, agrémenté de notes de fruits exotiques à l’agitation. La bouche est grasse, moelleuse et asse vive, le bois contribuant à la sensation de sucrosité, mais donnant aussi un peu d’amertume. Le vin est fin et assez long, le bois s’intégrant doucement pour donner un équilibre très souple. A l’aveugle je penche pour un terroir similaire à l’Eichberg, mais coté cépage, ce n’est pas du riesling ni du pinot gris. Peut-être un assemblage des deux ? Ou alors un Pinot Blanc ou un Sylvaner récoltés en surmaturité ? Il s’agit en fait d’une parcelle de Pinot Blanc issue d’un terroir argileux jouxtant l’Eichberg, qui donne cette forte maturité et belle fraîcheur. Le vin a été élevé pendant 12 mois dans une barrique d’un vin. Je comprends mieux pourquoi le Pinot Blanc 2004 se goûte si bien ! Très Bien

 

Photo : le domaine a aménagé une magnifique salle pour l’accueil et la dégustation, combinant une architecture moderne et des matériaux traditionnels. L’immense crachoir (vu de dos ici) encourage à goûter toute la gamme des vins.

Voilà un beau domaine à la qualité très homogène, et au superbe rapport qualité prix. A cause de l’élevage sur les lies, renforcé quelques fois par un léger bâtonnage, les vins ont besoin d’un peu de temps et d’aération pour se montrer sous leur meilleur jour. On trouve toutefois des petites merveilles de pureté et de précision derrière les notes d’élevage. La salle de dégustation est très agréable et incite à s’arrêter goûter. J’ai goûté quelques superbes vieux millésimes tirés de l’oenothèque de la Confrérie Saint Etienne dont Paul Ginglinger est un membre très actif (il fut même Grand Maître en 1999), et les vins offrent une grande capacité de garde.

Le millésime 2004 est parfait pour être acheté maintenant et stocké pendant 3-5 ans. Le plaisir sera parfait, et le niveau de prix permet d’en acheter par carton de six !  Les cuvées de coeur de gamme ne font pas pâle figure devant les grands crus, et la faible différence de prix avec ces derniers est tout à fait justifiée.

Le domaine n’est pas inconnu des medias puisque le guide Hachette cite ses vins depuis 1987 sans interruption, mais la RVF n’en parle plus trop depuis longtemps. Pourtant, comme chez les Josmeyer, Schlumberger, Loew et autres, la nouvelle génération est aux commandes et les vins progressent parfois très rapidement. Un domaine à suivre.

Thierry Meyer

Voir le site web du domaine

 

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