Le millésime 2005 chez Agathe Bursin

Première rencontre avec Agathe Bursin
Et dégustation du millésime 2005 avant mise en bouteille
10 mars 2006 

Première rencontre avec Agathe Bursin, avec une dégustation des vins du millésime 2005 qui seront à la vente cet automne. Des vins purs, techniquement irréprochables, exprimant bien la salinité du Grand Cru Zinnkoepflé pour ceux qui en sont originaires. On ne peut que s’enthousiasmer devant la qualité et l’homogénéité de la production 2005, en sachant que c’est le 6e millésime produit par la jeune vigneronne. Visite détaillée.

Si Agathe Bursin a commencé à faire du vin en 2000, le phénomène Agathe Bursin a démarré en Octobre 2002 lorsque le Wine Advocate a revu deux de ses vins, ce qui a suscité beaucoup de curiosité. La Revue du Vin de France a parlé de ses vins en 2003, et un passage au Salon des Grands Vins organisé à Paris par cette même RVF a consacré son statut de jeune vigneronne à découvrir.

Agathe a repris les vignes familiales, et met une part croissante de sa production en bouteille, au rythme des investissements annuels qui permettent d’accroître la capacité de la cuverie. De trois cuvées produites dans le millésime 2000, on est monté à onze pour le millésime 2004 (représentant 11600 bouteilles) et à douze cuvées en 2005 pour un total de 16000 bouteilles. Lorsque les raisins des 3.4 ha de vignes du domaine (dont un tiers sur le grand cru Zinnkoepflé) seront entièrement vinifiés, la production grimpera à 25000 bouteilles. Pour le plus grand malheur des négociants qui achètent aujourd’hui des raisins (dont René Muré) !

Les vins sont aujourd’hui vendus en quasi totalité avant la mise en bouteille, auprès d’une clientèle de cavistes, grossistes et particuliers. Les importateurs et grossistes ont droit à des quantités limitées, et sont invités comme les autres clients à faire des réservations sur le millésime à venir. La dégustation des vins en cuve et en fut permet de limiter la partie de la production écoulée sous forme de bouteilles ouvertes au domaine. Au final, les deux tiers des vins sont emportés par les clients qui passent au domaine.

Le domaine dispose d’une petite cuverie moderne, permettant la vinification et l’élevage de petites quantités. Les pinots noirs sont élevés en pièce bourguignonne. La plupart des vins du millésime 2005 sont prêts à être mis en bouteilles, stabilisés et filtrés et se goûtent avec déjà beaucoup de pureté. Les prix indiqués sont ceux disponibles depuis le 26 juillet 2006 après mise à jour.

Riesling 2005 – Agathe Bursin (7.1€): Une cuvée issue d’un sol de grès rose proche du Strangenberg, entre les grands crus Zinnkoepflé et Vorbourg. La robe est jaune pâle avec des reflets verts. Le premier nez est encore jeune, marqué par les levures, devant très net et minéral à l’aération en dévoilant des arômes d’agrumes. La bouche est grasse en attaque, puis sèche et mûre avec une acidité fine. La fin de bouche est longue sur l’acidité, avec des agrumes en rétro-olfaction. La matière est assez concentrée, donnant un riesling dense qui se goûte sec. (Très Bien)

Riesling Grand Cru Zinnkoepflé 2005 – Agathe Bursin (13.1€): Un vin issu d’une vigne située sur le versant Est du grand cru, proche du sommet. Le nez est parfumé, complexe avec des arômes d’agrumes frais complétés à l’aération par des notes d’encaustique, de miel, et de fumée. La bouche est franche en attaque, vive avec une évolution grasse, l’acidité se faisant plus fine et une forte salinité s’exprimant sur la langue. La fin de bouche est longue sur les sensations salines, et dévoile des arômes d’agrumes confits. Un vin ciselé, pur et minéral, qui se goûte déjà très bien. (Très Bien)

As de B 2005 – Agathe Bursin (5.9€): Un vin issu d’une vieille parcelle complantée de riesling, pinot blanc, pinot gris, gewurztraminer, muscat et sylvaner. Le premier nez est discret, fruité et très jeune, gagnant en intensité à l’aération avec l’apparition de notes florales. La bouche est moelleuse en attaque, riche avec un léger sucre résiduel, développant une bonne acidité qui domine une matière moyennement dense. La fin de bouche est longue avec une persistance de l’acidité et des arômes d’agrumes. Un vin franc déjà très plaisant, qu’il faudrait servir idéalement avant les riesling. (Bien)

Muscat 2005 – Agathe Bursin (10.9€): Vin issu d’une vigne de 45 ans sur le Nord-Est du Bollenberg, orientée vers l’Ouest et plantée à 80% de muscat Ottonel. La robe est or pâle avec des reflets verts, très brillante. Le premier nez est parfumé, très mûr avec des arômes de fleur de sureau, évoluant à l’aération sur des notes de raisin frais et de bonbon anglais. L’attaque en bouche est moelleuse, devenant immédiatement plus fraîche grâce à une présence de gaz carbonique et à une acidité assez prononcée, évoluant sur un équilibre croquant de fruit frais avec une finale moelleuse et légèrement amère. Un muscat qui a terminé de fermenter il y a un mois, doté d’un bel équilibre, qui promet une belle bouteille. (Bien)

Sylvaner 2005 – Agathe Bursin (6.2€): Un vin issu d’une vigne de plus de 50 ans plantée sur le Lutzeltal, plateau situé au dessus du grand cru Vorbourg. Le nez est ouvert, jeune et encore fermentaire, un peu iodé. La bouche est moelleuse en attaque, avec une sensation sucrée qui laisse rapidement place à du gras et à de la fraîcheur issue d’un résidu de gaz carbonique et d’une acidité un peu vive et citronnée. La finale est à nouveau plus moelleuse avec une longue persistance de l’acidité et une rétro-olfaction sur des notes d’amande fraîche. Un vin riche et gras, encore très jeune et vif à ce stade en comparaison des autres vins. Les 10 g/l de sucre résiduel ne suffisent pas pour l’adoucir, il faudra le regoûter après la mise en bouteille. A garder. (Bien)

Sylvaner Eminence 2005 – Agathe Bursin (8.5€): une parcelle située au cœur du grand cru Zinnkoepflé, sur le versant Sud non loin de la table d’orientation. Le nez est très discret, avec des notes d’élevage. La bouche est moelleuse en attaque avec un sucre présent, évoluant sur un équilibre entre du gras et une acidité citronnée assez vive, heureusement adoucie par les 20-25g/l de sucre résiduel. Cet équilibre encore monolithique s’affine en finale avec une touche saline très minérale sur la langue et des arômes d’agrumes confits. Un vin moelleux sur un beau terroir, qu’il faudra attendre pour ne pas le boire uniquement sur son moelleux. J’espère qu’un heureux possesseur d’une des 600 bouteilles produites gardera ce vin une dizaine d’années. (Bien)

Pinot Gris 2005 – Agathe Bursin : Le premier nez est un peu réduit, grillé avec des notes de pierre à fusil, prenant après une forte agitation des notes plus nettes de fruit à chaire blanche et de miel. La bouche est moelleuse en attaque, marquée par le sucre, évoluant grasse et fruité avec une acidité discrète. La finale est longue, reste souple avec une sucrosité marquée, avec en rétro-olfaction des notes de fruits confits et de fruits secs. Un vin mûr encore marqué par l’élevage, qui manque à ce stade d’un peu de fraîcheur. (Bien)

Pinot Gris Grand Cru Zinnkoepflé 2005 – Agathe Bursin (11.8€): Le nez est plus ouvert sur ce grand cru, intense avec une dominante aromatique de pain grillé et de caramel. La bouche est grasse en attaque, évoluant sur un équilibre fruité et acidulé, dévoilant progressivement une belle salinité sur la langue. Un vin concentré et aérien, dont l’équilibre sucre/acide sert de support à l’expression du Zinnkoepflé. La salinité du grand cru a souvent du mal à s’intégrer de manière harmonieuse avec le caractère riche du pinot gris, sur cette cuvée c’est un exemple proche de la perfection. (Très Bien)

Gewurztraminer 2005 – Agathe Bursin (8.7€): Une cuvée issue du Strangenberg. Le nez est ouvert, très net, foral et épicé, avec des arômes de menthe poivrée, de rose et de géranium. La bouche est moelleuse en attaque, évoluant dans un équilibre sec et gras avec une agréable fraîcheur. La fin de bouche est dominée par le caractère gras du vin, avec une forte présence florale en rétro-olfaction. Un joli gewurztraminer, (Bien)

Gewurztraminer Grand Cru Zinnkoepflé 2005 – Agathe Bursin (13.1€): Le premier nez est ouvert, fruité, avec des arômes de fruits acidulés, évoluant sur un registre plus floral. La bouche est mielleuse en attaque, prenant rapidement de la fraîcheur avec une acidité soutenue et un équilibre gras et fruité très concentrée. La salinité du cru se combine avec la rondeur du vin pour donner une longue finale dominée par le gras et les notes fruitées du nez. Un gewurztraminer puissant qui reste très élégant. Un grand vin de terroir en perspective. (Très Bien)

Gewurztraminer Grand Cru Zinnkoepflé Vendange Tardive 2005 – Agathe Bursin : Une cuvée issue de la récolte tardive d’un parcelle à part. Le nez est encore fermé, très mûr avec des arômes de miel et de pralin, prenant difficilement de l’ampleur à l’agitation. La bouche est liquoreuse en attaque, très grasse avec une acidité qui soutient la forte sucrosité, évoluant sur un équilibre floral qui rappelle la confiture de rose. La finale est longue, tirée par la liqueur et les arômes de pralin. Un vin très riche, doté d’une grande pureté et très élégant, déjà très équilibré. (Très Bien)

L’Ode de B 2004 – Agathe Bursin (12.3€) : Assemblage de cépages récoltés tardivement et débourbés séparément avant d’être mis ensemble pour la fermentation : Muscat du Bollenberg, Gewurztraminer du Zinnkoepflé, et Riesling du Strangenberg. Les 100 litres de chaque cépages ont produit 400 bouteilles très recherchées pour leur originalité. Le premier nez est discret et grillé, évoluant à l’aération sur des arômes de pain grillé, d’écorce d’agrume et de champignon sans gagner en intensité. La bouche est grasse en attaque, évoluant sur de la fraîcheur avec du gaz carbonique encore présent à l’ouverture et une acidité assez marquée, donnant un équilibre moelleux, corsé et assez vif. Un vin à l’équilibre demi-sec malgré ses 40g/l de sucre résiduel, qui se boit sur sa fraîcheur. Bien

Pinot Noir 2005 – Agathe Bursin : la robe est rouge violacé, assez clair, lipide. Le nez est un peu réduit, grillé, prenant après forte oxygénation des arômes de cerise. La bouche est franche en attaque, assez vie avec une présence fruitée très concentrée et un léger boisé qui arrondit un peu les tanins en fin de bouche. Un vin parti pour en élevage de 18 mois sur lies, possédant une bonne matière et un équilibre acide/tanins très harmonieux. A regoûter en fin d’élevage en espérant que le bois ne marque pas trop le vin. (Bien)

Pinot Noir 2004 – Agathe Bursin (9.8€): Celui-là est en fin d’élevage. La robe est rouge rubis foncé, presque cerise noire, limpide et brillante, avec de grosses larmes qui tombent lentement sur les parois du verre. Le nez est parfumé, boisé et épicé avec des notes de cerise discrètes qui apparaissent à l’aération. La bouche est franche en attaque, évoluant sur un fruit qui peine un peu à s’affirmer face à des tanins fins un peu dominants à ce stade, renforcés par une acidité assez présente. La fin de bouche est sèche, longue à cause des tanins, et reprend les arômes de cerise du nez. Un style corsé et tannique qui rappelle les pinots noirs de Zind-Humbrecht. (Bien)

 

Les vins sont d’un très bon niveau général, en particulier à ce stade de leur élevage, et promettent de belles bouteilles l’année prochaine. Le terroir du Zinnkoepflé est mis en avant, avec des cuvées très minérales qui rappellent le style pur et fin des riesling, gewurztraminer et pinot gris Zinnkoepflé 2005 de Seppi Landmann. Je trouverais intéressant de produire un sylvaner Eminence plus sec, sans rechercher la surmaturité, pour pouvoir comparer son expression à celle du riesling sur le même terroir, à la façon des cuvées « Z » du même Seppi.

Les prix sont très sages à ce niveau de qualité. Le seul soucis est de pouvoir réserver suffisamment à l’avance du vin. En mars 2006 il n’y a rien à vendre au domaine, le millésime 2004 est épuisé et le 2005 pas encore en bouteille. Il y a heureusement d’autres domaines alsaciens qui suivent cette voie, et s’ils ne sont pour le moment pas autant médiatisés, leur travail devrait

C’est un véritable plaisir que de discuter avec Agathe Bursin, de partager son enthousiasme à travailler la vigne et à faire du vin. Elle fait partie d’une génération de jeunes vignerons bien décidés à ne faire aucune concession sur la qualité, et qui forme un cercle de plus en plus grand, pour le plus grand bonheur des clients. Pour citer quelques-uns de ces jeunes trentenaires, je pense à Laurent Barth, Frédéric Bernhard, Jean Boxler, Pierre Gassmann, Michel Ginglinger, Etienne Loew, Guillaume Mochel, ou encore Jean-Paul & Marie Zusslin en espérant ne pas me tromper sur leur âge... De telles rencontres ne peuvent que me convaincre de l’avenir brillant qui attend les vins de la région dans un futur proche.

Thierry Meyer

  • Agathe Bursin
  • 1 rue de Soultzmatt
  • 68250 Westhalten
  • Tel/Fax : 03 89 47 04 15
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