Choucroute et Vins d'Alsace

Soirée ChoucrAoût
31 Août 2005, restaurant la Taverne Alsacienne

La perspective d’une fin de mois d’Août fraîche, l’approche de la rentrée et l’arrivée de la choucroute nouvelle nous ont donné envie de faire une soirée conviviale, tournée vers l’emblème de la cuisine alsacienne, tout en essayant de goûter quelques vins de saisons, des vins souvent jeunes, vifs, et aptes à accompagner une bonne choucroute. De fil en aiguille, avec la présence des vignerons Claude Weinzorn et Vincent Spannagel, nous sommes arrivés à une sélection assez large que nous avons triée par millésimes décroissants.

J’avais deux idées en tête sur les leçons que nous pourrions tirer de cette soirée. La première était de goûter les vins à l’aveugle et de se rendre compte que les trois cépages sylvaner/pinot blanc/riesling sont très distincts, et faciles à identifier lorsqu’on a plusieurs verres devant soi. La deuxième idée était de trouver le compagnon idéal d’une choucroute garnie, en sachant que les différents ingrédients appèlent peut-être des vins différents : le choux et son amertume, le lard frais et son gras, le lard fumé et son… fumé, la palette et son coté salé, les saucisses blanches et épicées, sans oublier les pommes de terre qui sont sensées faire le liant de tout cela… Comme souvent, la soirée allait amener plus de questions qu’elle n’allait apporter de réponses. Mais faisons d’abord le tour des vins dégustés.

Première Série

Edelzwicker 2004 –Domaine de l’Oriel (Gérard Weinzorn) : Le nez est parfumé, expressif avec des agrumes, des fleurs, de la verveine. La bouche est agréable, mûre et vivace, avec un bel équilibre. Quelle entrée en matière. Hésitations générales entre riesling, sylvaner ou pinot blanc. C’est finalement un remarquable edel. Espérons que ceux qui l’utiliseront pour cuisiner (existe en conditionnement de 1l) penseront à le goûter ! Très Bien

Sylvaner Fraîcheur du Printemps 2004 – Domaine de l’Ancien Monastère (Bernard Hummel) : Le nez est fermentaire, crayeux, fermé. La bouche est un peu amère, moyennement corsée, avec des notes d’anis. On pense à un problème de bouchon, la bouteille ne me rappelle pas le vin goûté en Août dernier.

Deuxième Série

Pinot Blanc Fleur de Printemps 2004 – Vincent Spannagel : Le nez est jeune, marqué par des levures, puis dévoile des fleurs, des fruits blancs, avec des notes d’asperge. La bouche est riche, dense et minérale, avec un léger moelleux et une belle acidité. Le Pinot Auxerrois est sur beaucoup de lèvres. Très Bien.

Pinot Blanc Mise du Printemps 2004 – Josmeyer : Le nez est jeune avec des notes d’agrumes. La bouche est vive, minérale, sapide avec beaucoup de fraîcheur. La finale est longue et laisse une impression dense. On pense à un riesling 2004,  et en découvrant la bouteille je suis surpris. Les bouteilles précédentes s’étaient montrées plus florales et un peu moins vives. Cela n’en reste pas moins une grande réussite. Très Bien

L’entrée arrive à ce moment et permet d’apprécier les deux pinots blancs : un tempura de gambas sauce aigre-douce, un sandwich au crabe et un compressé de raie agrémentent une jolie assiette en attendant la choucroute.

Troisième Série

Riesling 2004 – Domaine de l’Ancien Monastère : Le nez est musqué, avec des notes de silex, de pierre à fusil, puis développe des notes plus florales. La bouche est sèche, dense et minérale, avec une acidité assez présente qui le rend un peu cisaillant. Un vin qui ne fait pas l’unanimité par son coté sec et vif, mais dont j’aime les beaux amers en fin de bouche. Très Bien

Riesling 2004 – Vincent Spannagel : Le nez est assez parfumé, floral et fruité, mur avec des notes d’agrumes (citron et pamplemousse). La bouche est riche, grasse avec un léger moelleux et une légère amertume en finale. Un vin riche et bien équilibré, dans un style un peu simple. Beaucoup le préfèrent au précédent. Bien

Le millésime 2004 est vraiment fringant, vif au point d’en être vivifiant ! Après des mois de dégustation sur le millésime 2003, la bouche se refait une jeunesse avec des vins qui ont vraiment du peps tout en ayant une bonne maturité.

Quatrième série

Sylvaner Duttenberg 2003 – Domaine des Marronniers (Guy Wach) : le nez est discret, avec de la rhubarbe et de l’ananas. La bouche n’est pas très expressive, neutre avec une bonne acidité. Le vin me déçoit, je l’avais mieux goûté il y a quelques semaines. Est-ce le fait de venir après une série de 2004 vifs et secs ? Bof

Riesling Andlau 2003 – Domaine des Marronniers : Le nez est assez discret, avec des notes de citron et de beurre. La bouche est fruitée, assez grasse, avec une bonne minéralité, et dévoile petit à petit un équilibre proche de la perfection. Un riesling enchanteur. De plus, le gras et l’acidité passent bien avec la choucroute ! Très Bien

Riesling Kaefferkopf 2003 – Maurice Schoech : Le nez est assez discret, floral avec des notes de foin et de beurre. La bouche est grasse et assez vive, avec des notes grillées. Le vin est initialement le plus agréable de la série, avant de laisser la place au riesling Andlau. Bien

Cinquième Série

Riesling Grand Cru Sommerberg 2003 – Jean Geiler (Cave Vinicole d’Ingersheim) : Le nez est discret, simple sur des arômes d’agrumes. La bouche est grasse, moyennement acide, avec des parfums variétaux plaisants. Le vin est sympathique, me rappelle un peu le 2000 que j’avais beaucoup aimé il y a quelques années. C’est dommage que sa noble origine ne soit pas plus présente. Bien

Riesling Cuvée Théo 2003 – Domaine Weinbach : Le nez est montre également discret, mais sur des notes plus musquées et végétales. La bouche est corsée, grasse avec de la puissance, mais étonne par sa sapidité qui le rend très agréable à boire et à reboire. Un vin qui se goûte un peu mieux encore qu’en Novembre dernier. Le vin accompagne particulièrement bien la choucroute. Bien

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2003 – Vincent Spannagel : Le nez est discret avec des notes muscatées. La bouche est sèche, minérale avec des notes de pierre, mais ne s’exprime pas tellement bien. Certain parlent de notes liégeuses ? Cette cuvée connaît décidément des hauts et des bas. Lorsqu’elle se goûte bien elle est magnifique (le vin a été sélectionné dans le guide Hachette 2006), puis parfois comme ce soir elle n’exprime rien du tout. Bof

La sélection des vins du millésime 2003 montre une variation de style assez nette, avec des vins qui se présentent plus ou moins bien. Ce qui est surprenant est d’avoir deux beaux accords avec la choucroute.  Le millésime n’a pas dit son dernier mot.

Sixième Série

Pinot Blanc L20B 2002 – Albert Boxler : le nez est foral, assez mur avec des notes de plantes médicinales. La bouche est vive, minérale, avec des arômes de bouillon banc. Un vin déjà dégusté ce printemps, issu de vignes en provenance du Grand Cru Brand à Turckheim. La vivacité passe bien avec la choucroute. Bien

Riesling Tradition 2002 – Domaine de l’Oriel : Le nez est parfumé, complexe, avec des arômes de pierre à fusil et légèrement évolué avec des notes de cire. La bouche est sèche, moyennement mûre, et fait penser à une vieille cave. Une bouteille sans doute défectueuse. Non Noté

Riesling Clos du Letzenberg 2002 – Domaine du Manoir (Jean Thomann) : Le nez est parfumé, grillé, avec des notes de camphre et de viande séchée. La bouche est vive, minérale sèche avec une forte amertume en finale. Un vin racé, et très typé. A attendre un peu pour qu’il s’assouplisse ? Bien

Septième Série

Riesling Réserve 2002 – F.E. Trimbach : Le nez est assez discret, musqué avec des notes de citron vert. La bouche est sèche, minérale, avec des notes de silex. On identifie tout de suite le cépage, et le groupe reconnaît son bel équilibre et sa forte minéralité. Le vin passe très bien avec la choucroute. Très Bien

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2002 – Vincent Spannagel : La robe se fait dorée. Le nez est confit avec des notes de miel, de pierre à fusil, un bouquet qui fait penser initialement à un pinot gris. La bouche est complexe, assez vive, mûre avec un léger moelleux et des notes grillées. A l‘image de beaucoup de Rieslings GC 2002 goûtés à Kientzheim en Novembre dernier, le vin se montre puissant et nécessite 2-3 ans pour qu’il atteigne un équilibre plus typé Wineck-Schlossberg. Très Bien

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2002 – Jean-Marc Bernhard : Le nez est mur, assez discret, avec des notes de citron et de citronnelle. La bouche est grasse, fine et assez légère, avec un léger moelleux perceptible. Pourtant doté d’une belle Médaille d’Or au concours des rieslings du Monde, le vin ne se montre pas sous son meilleur jour au milieu de cette dégustation. Bien

Le millésime 2002 est en transition, certaines cuvées étant déjà bien ouvertes et claquantes, d’autres nécessitant encore un peu de temps. Le Riesling de Trimbach se montre très agréable, dans un style très différent du Wineck-Schlossberg de Vincent Spannagel.

Huitième Série

Pinot Blanc Les Lutins 2001 – Josmeyer : Le nez est discret, un peu évolué. La bouche est grasse, parfumée avec des notes d’asperge, assez complexe mais laisse une curieuse impression de vin vieux. Une bouteille qui ne se goûte pas très bien au regard de son potentiel. Bien

Riesling Zellenberg 2001 – Marc Tempé : le nez est parfumé, fondu et mur, avec des agrumes et des notes de champignon, laissant une agréable sensation. La bouche est sèche, grasse et mûre, avec une forte minéralité donnant beaucoup de sapidité. La fin de bouche est très parfumé avec beaucoup de pureté aromatique. Si ce n’était pas le 20ème vin de la dégustation, les verres se seraient vidés très rapidement. Le riesling bio dans toute sa splendeur. Très Bien

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 2001 – Paul Spannagel : Le nez est minérale, fermentaire, floral, encore très jeune. La bouche est élégante, parfumée, avec un léger moelleux et une touche de CO2 qui lui donne de la légèreté. L’équilibre aérien de ce vin plait beaucoup, et on pense à des mets plus fins qu’une choucroute pour accompagner une telle finesse. Un vin réussi, à garder. Très Bien

Neuvième Série

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2001 – Jean Sipp : Le nez est parfumé, complexe, avec des notes de bergamote, de pêche, puis de silex, dans un ensemble fruité, mûr et très plaisant. La bouche est corsée, finement acidulée, un léger moelleux lui donnant un équilibre très plaisant. Un grand riesling qui fait l’unanimité. Très Bien

Riesling Pflaenzerreben 2001 – Rolly-Gassmann : Le nez est parfumé, subtil, évoque les fleurs blanches dont le muguet. La bouche est dense, minérale et un peu vive avec un léger moelleux qui l’adoucit un peu, et conserve une pureté aromatique sans faille. On est face à un grand vin de terroir qui a besoin de quelques années pour atteindre la perfection. Pour moi ce sera le plus grand vin de la soirée. Excellent.

Riesling Grand Cru Altenberg de Bergheim 2001 – Gustave Lorentz : Le nez est floral, évoque la fleur d’acacia avec des notes de résine. La bouche est dense, grasse avec un léger moelleux, mais semble jeune avec une impression que l’acidité et le moelleux sont un peu dissociés. Les expériences passées avec les millésimes 2000, 1999, 1990 laissent à penser que ce vin a besoin de temps pour atteindre le nirvana. Encore un vin à garder précieusement dans sa cave. Bien

Dixième Série

Riesling Tradition 2000 – Hugel et Fils : Le nez est étrange, semblant oxydé, avec des notes aromatiques pas très nettes. La bouche est sèche et fruitée mais semble aussi souffrir d’un problème. La bouteille est défectueuse. Non noté

Riesling Grand Cru Rosacker 2000 – Cave Vinicole de Hunawihr : le nez est assez parfumé, avec des aromes de fleurs blanches mais encore des notes fermentaires. La bouche est sèche, un peu ferme avec une acidité mûre qui domaine, mais possède beaucoup de minéralité. Découvrant la bouteille, je trouve que le vin se goûtait mieux l’année dernière. Bien

Riesling Grand Cru Geisberg 2000 – André Kientzler : Le nez est très expressif, mûr avec des arômes d’agrumes dont pamplemousse, et de miel. La bouche est riche, grasse avec une bonne acidité et une amertume bien agréable en finale. On pense initialement plus à un vin du millésime 2001 que du millésime 2000. Très Bien.

Onzième Série

Sylvaner Weingarten 2002 – Rolly-Gassmann : le nez est très parfumé, floral avec des arôme de pierre à fusil. La bouche est mûre, possède encore un peu de gaz, mais déploie une belle richesse avec de beaux amers en finale. Un vin dense encore très jeune. Le cépage est difficile à identifier à ce stade. Très Bien

Riesling Grand Cru Sommerberg 2001 – Domaine de l’Oriel : Le nez est assez discret, fruité et mûr avec des notes de pêche blanche. La bouche est riche, dense et légèrement moelleuse, avec une acidité très présente et une note plus florale en finale. Un vin encore jeune mais déjà très bien équilibré, à attendre quelques années. Très Bien.

Riesling Grand Cru Hengst 2001 – Barmès-Buecher : Le nez est un peu surprenant, avec des notes de caramel, de popcorn, dans un style grillé et très mur. La bouche est mûre, minérale, assez sèche avec du gaz. Le flacon est agréable, mais pour un Hengst ne se présente pas très bien, est-ce un problème de bouteille ? Bien

2001 est LE grand millésime qui arrive tout doucement à maturité, les vins se montrent à la fois vif, mûrs et développement une belle minéralité avec beaucoup de finesse. Cela va être dur de les garder encore 10 ans pour les voir s’épanouir. En revanche, les vins semblent moins adaptés à la choucroute, par leur terroir ou leur âge. Par delà un choix de cépage, on se rend compte que le choix d’accords mets et vins d’Alsace ne se limite pas au choix du cépage, le millésime et le terroir prenant le dessus dans de nombreux cas. Mais c’est un sujet encore largement sous-estimé, qui gagnera à être développé dans le futur.

Douzième Série

Riesling Jubilée 1997 – Hugel et Fils : Le nez est minéral, complexe avec une légère évolution. La bouche est dense, très sapide, avec une douceur qui recouvre des notes aromatiques légères de camphre et d’encaustique. Superbe équilibre pour ce vin de terroir. Le vin est à maturité sans aucune mollesse. Très Bien

Riesling Grand Cru Hengst 1997 – Josmeyer : Le nez est parfumé, avec des notes de fleur d’églantier. La bouche est sèche, très sapide, minérale, mais termine de manière un peu courte. Le vin passe bien sur des fromages frais. Bien

Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg 1997 – Vincent Spannagel : Le nez est discret, avec des notes d’encaustique. La bouche est élégante, légère et parfumée, mais l’amertume en fin de bouche n’est pas très fondue. Le vin se montre un eu déséquilibré. Bof.

Ces quelques 1997 vont accompagner avec délice une assiette de fromages, les pâtes pressées cuites se mariant très bien avec les vins. Ceux qui avaient encore du Sylvaner 2002 se sont régalés sur un morceau de munster.

Conclusions

Une soirée avec un peu trop de vins, comme d’habitude nous n’avons pas pu réduire le nombre de flacons, une bouteille faisant irrémédiablement penser à un autre, et ainsi de suite. Au bout de 20-25 vins, la concentration tombe et les débats diminuent d’intensité.

Les résultats de cette dégustation sont différents de ceux attendus. Les cépages ne se sont pas montrés toujours très faciles à identifier, surtout lorsque le terroir est très présent, par exemple dans les vins bios. Une dégustation qui montre une fois de pus la complexité des vins d’Alsace et tout le plaisir qu’il y a à déguster à l’aveugle, pour ne pas pré-formater ses impressions avant de goûter le vin. Les vignerons présents ont souvent hésité entre sylvaner, riesling et pinot blanc, y compris sur leurs propres vins.

Pour ce qui est de la choucroute, on attendait les sylvaners pour leur vivacité, mais ce sont les rieslings qui se sont montrés les plus agréables, en particulier des vins inattendus du millésime 2003 :

  • Riesling Andlau 2003 – Domaine des Marronniers
  • Riesling Cuvée Théo 2003 – Domaine Weinbach 
  • Pinot Blanc L20B 2002 – Albert Boxler
  • Riesling Réserve 2002 – F.E. Trimbach 

Les vins plus vieux ne se montraient pas trop bien non plus, ainsi que ceux doté d’une forte minéralité.

Enfin, la convivialité a été au rendez-vous, le mélange amateur/vigneron ayant été une fois de plus propice à des échanges très enrichissants. Une soirée à organiser régulièrement.

Thierry Meyer