Dîner Tour de France entre amis

Dîner chez Bernard G
19 Octobre 2005

La Mi-octobre est généralement propices aux célébrations dans le sud de l’Alsace, et cette année encore Bernard s’est mis aux fourneaux après avoir rangé sa cave, et nous a permis de passer une superbe soirée bien arrosée, l’avantage de dormir sur place étant qu’on peut un peu moins recracher ! Le lendemain d’un superbe dîner en bourgogne, la semaine a été très chargée ! Les vins sont également servis complètement à l’aveugle.

A l’apéritif, des blancs souvent secs

Sylvaner Io Sono Contento 2004 – Albert Seltz : la robe est pâle. Le nez est discret, floral et un peu parqué par l’alcool. La bouche est grasse, lactée, fade et alcoolique en finale. Je suggère un pinot blanc 2003… C’est la troisième bouteille de cette cuvée que je goûte dans ce millésime, et le vin ne m’a jamais emballé. Je ne comprends pas l’engouement pour cette cuvée. Bof

Saint-Véran « Terroir Davayé » 2003 – Michel Cheveau : la robe est jaune assez pâle. Le nez est moyennement parfumé, floral avec des notes de fruits à chair blanche. La bouche est minérale, assez vive avec une bonne longueur. La finale est un peu chaude. On situe le vin en bourgogne, sans autre précision. Bien

Mâcon-Bussières « Le Clos » 2001 – Verget : Le nez est légèrement vanillé, mûr et floral à l’agitation. La bouche est vive, assez grasse, corsée avec une bonne concentration, mais manque un peu de finesse. Bien

Pouilly-Fuissé « Les Crays » 2003 – Michel Rey : Le nez est floral, boisé, vanillé. La bouche est grasse, assez vive, un peu verte et boisée, dans un style un peu technique, frais et sympathique. Dommage que le style Pouilly-Fuissé ne s’exprime pas plus. Bien

Avec un presskopf accompagné de sauces variées (ananas, caramel, marmelade de tomates, rhubarbe à la vanille), deux sylvaners Z et un pinot blanc

Sylvaner Vieilles Vignes « Z » 2001 – Armand Gilg : Le nez est anisé, légèrement pétrolé. La bouche est grasse, moyennement acide, assez minérale avec un peu de sucre, mis parait un peu vieux et léger. Un vin qui manque un peu de définition, et compte tenu de sa noble origine (terroir Zotzenberg et millésime 2001), semble un peu décevant. Bof

Sylvaner « Z » 1997 – Seppi Landmann : Le nez est surprenant, complexe, anisé, légèrement boisé avec des notes d’amande. La bouche est assez grasse et puissante, minérale, dense et riche. On pense initialement à un chardonnay. L’autre Z connu dans la région (Grand Cru Zinnkoepflé) produit un sylvaner un peu plus riche que le précédent. Bien

Pinot Blanc Grande Réserve 1994 – Cave de Pfaffenheim : la robe est dorée avec un bel éclat. Le nez est complexe, grillé ave des notes d’écorce de mandarine. La bouche est vive, avec encore un peu de gaz en attaque, puis reste très mur et un peu vif en bouche. La finale est un peu courte. Un beau vin à maturité, encore en vente à la cave (15€). Très Bien

Avec une Crème Dubarry (au chou-fleur), quelques bourgognes blancs un peu plus corsés et un alsace surprenant

Chablis 1er Cru Montmains 2001 – Gérard Tremblay : Le nez est anisé avec des notes de coquille d’huître. La bouche est dense, sèche et évoluée, assez minérale avec des notes de fleur d’acacia en finale. Bien

Chablis Grand Cru Vaudésir 2001 – William Fèvre : la robe est belle, jaune citron pâle avec un bel éclat. Le nez est parfumé, complexe avec des notes de fleurs blanches. La bouche est dense et grasse avec un coté minéral marqué. Bien

Meursault 1er Cru Clos de la Perrières 2001 – Albert Grivault : La robe est jaune pâle, claire, brillante. Le nez est parfumé, avec des agrumes, du citron et des fleurs blanches. La bouche est grasse, sèche avec une acidité moyenne qui laisse un coté crayeux sur la langue malgré tout. Le boisé est présent mais bien intégré. Un très bon vin, toutefois décevant par rapport aux attentes de l’appellation et du millésime. Très Bien

Riesling Herrenweg 1997 – Zind-Humbrecht : la robe est jaune citron assez foncé avec des reflets verts. Le nez est légèrement évolué, très mur avec des notes d’agrumes et d’encaustique. La bouche est riche, sapide avec un léger moelleux perceptible derrière du gaz carbonique. L’équilibre est très mur, presque doux, et encore très jeune. La déception de ce début d’année avec le Herrenweg 95 ne me laissait pas prédire un vin aussi grand en 1997, avec encore autant de potentiel de vieillissement. Très Bien

Mise en bouche sur les rouges

Pauillac 1999 – Château la Fleur Millon : la robe est légèrement tuilée. Le nez est un peu âgé, avec des notes de tomate et de pain grillé. La bouche est souple, assez fondue, moyennement corsée, avec une finale courte un peu sèche.  Un vin plaisant mais sans prétention. Bien

Coteaux d’Aix en Provence 1995 – Château de Beaupré : la robe est tuilée, assez claire. Le nez est parfumé, avec des arômes d’encre, d’eucalyptus et de garrigue. La bouche est fraîche mais un peu brute, les tanins sont un peu secs et le fruit ne reprend pas le dessus. Une cuvée ambitieuse (90% cabernet sauvignon 10% Syrah) qui semblait probablement prometteuse dans ses jeunes années mais que le vieillissement a déséquilibré, le fruit ayant disparu plus rapidement que les tanins. Bof

Avec une Epaule de Porc au Poivre

L’épaule de porc sera le support d’une belle dégustation horizontale de médocs 1993.

Bordeaux Supérieur Cuvée Prestige 1993 – Château Lestrille-Capmartin : La robe est rouge  assez dense, avec des bords acajou. Le nez est parfumé, assez simple avec du poivron et des épices. La bouche est souple, fruitée, moyennement corsée avec une légère amertume en finale. Voilà une belle réussite pour un Bordeaux Supérieur en 1993. Le vin est un peu rustique mais se tient encore bien. Bien

Saint Julien 1993 – Château Ducru-Beaucaillou : les choses sérieuses commencent avec ce vin. Le nez est complexe, fondu avec des notes de poudre de riz et de cassis. La bouche est fraîche, moyennement corsée avec une bonne acidité. Un bordeaux mûr, jeune, qui se boit bien en ce moment. Très Bien

Saint-Estèphe 1993 – Château Montrose : la robe est rouge foncé presque noir, légèrement acajou sur les bords, avec du dépôt. Le nez est parfumé, doux et un peu vieux avec des notes d’encre, de poivre et de laurier. La bouche est dense, assez fraîche mais un peu sèche, avec une finale épicée et un peu amère. Le vin se montre rustique avec un peu dévolution, mais il se comporte très très bien avec le plat. Bien

Saint-Estèphe 1993 – Château Cos d’Estournel : La robe est brillante, presque noir avec des reflets cuivrés, les bords étant plus clairs et tuilés. Le nez est parfumé, très complexe avec des notes de torréfaction. La bouche est souple, fine et concentrée, avec des tanins gras qui sont fondus. L’équilibre est superbe et la puissance du vin est adoucie par l’âge. Un grand Bordeaux. Excellent

Margaux 1993 – Château Palmer : la robe est rouge noir, sombre avec des bords tuilés. Le nez est fruité, pur avec des notes de café. La bouche est souple, fine avec des tanins un peu présents. Le vin est souple, gras et très frais et encore très jeune. Probablement un bon potentiel d‘amélioration après une garde de 5-10 ans. Très Bien

Saint-Julien 1993 – Château Talbot : la robe est éclatante, rouge foncé. Le nez est parfumé, avec des fruits rouges et un peu de vanille. La bouche est très souple, dense et concentrée avec du gras. La fin de bouche se fait plus amère avec des notes de zan. Un vin corsé très équilibré. Très Bien

Cette série de Médocs du millésime 1993 montre que les grands châteaux arrivent à sortir des vins remarquables dans des millésimes réputés petits. Mis à part une amertume en finale parfois perceptible, difficile de déceler le millésime en fonction de la concentration et de la souplesse en bouche. Juger un millésime bordelais sur base de la dégustation de ses meilleures cuvées n’est vraiment pas le bon moyen d’avoir une idée sur les performances des autres vins. En revanche pour avoir une idée du niveau des crus classés du Médoc, c’est une très bonne technique !

Sur le Filet de Sanglier

Margaux 1990 – Château Prieuré-Lichine : la robe est rouge acajou, assez évoluée. Le nez est grillé, fumé avec des notes de viande séchée. La bouche est riche, un peu tannique tout en gardant un fruit très mur qui donne une sensation sucrée. La fin de bouche est astringente, donnant une impression de déséquilibre. Le vin ne convainc personne autour de la table, on se demande même s’il ne s’agirait pas d’un problème de bouchon ou de bouteille. Bien

Saint-Julien 1990 – Château Branaire (Duluc-Ducru) : la robe est rouge sombre, avec des bords acajou. Le nez est parfumé, doux avec des arômes de groseille, de menthe et d’eucalyptus, évoluant à l’aération vers des notes de groseille et de frangipane. La bouche est très concentrée, très souple avec des tanins gras, mais reste fine et sèche, avec une longue finale sur la réglisse. Voilà un vin à maturité, parfaitement équilibré. Le vin de la soirée. Excellent, voir plus

Pessac-Léognan 1990 – Château Pape Clément : la robe est rouge clair, avec des reflets tuilés. Le nez est épicé, avec du laurier et des notes grillées. La bouche est souple, mûre, avec des tanins présents un peu secs mais très fins, qui donnent une texture tout en dentelle. La fin de bouche est un peu douce, presque moelleuse. Un vin qui déçoit un peu les attentes de ceux qui le connaissent. Très Bien

Saint-Estèphe 1989 – Château Montrose : Le nez est parfumé, fruité et équilibré. La bouche est souple, très concentrée avec une bonne acidité. Les notes de torréfaction accompagnent la longue finale. Un vin qui est à la fois fin et corsé, l’archétype du grand saint-Estèphe. Excellent

Pauillac 1999 – Château Lynch-Bages : la robe est dense, légèrement tuilée su les bords. Le nez est intense, évoque le fut, le laurier et le caramel. La bouche est jeune, très fruitée avec de la cerise et du cassis,ans un style souple, moyennement corsé, aux tanins fins. Un vin déjà charmeur en 2005. Très Bien

Pessac-Léognan 1988 – Château Haut-Brion : Ce vin sera l’occasion d’un échange très intéressant. Une première bouteille est très parfumé, complexe avec du laurier, du clou de girofle. La bouche est grasse, corsée avec une acidité présente, mais les tanins sont un peu asséchants. La finale est réglissée au point de devenir carrément agressive. Noté Bien, le vin de déclenche pas le grand enthousiasme. En découvrant l’étiquette, on se dit que le millésime n’est pas bon, qu’il aurait fallu carafer la bouteille, que 88 est un millésime difficile… Bref, on aurait pu en rester là. Mais notre hôte voulant en avoir le cœur net, il cherche une autre bouteille en cave. Là c’est le jour et la nuit. Le nez se fait floral, fruité, très frais et jeune. La bouche est grasse, dense, avec des tanins frais qui dénotent la jeunesse du vin et son gros potentiel. On retrouve la structure et goût d’un Pessac Léognan, ainsi que la puissance et la minéralité de Haut Brion. Excellent

Pas évident de juger un grand vin qui se montre défectueux, a fortiori si on n’a jamais goûté. Heureusement Haut Brion  est très connu autour de la table, mais que ce serait-il passé si on avait goûté la première bouteille au restaurant ? Autant un goût de bouchon prononcé peut frustrer l’amateur qui cherche à se faire plaisir, autant un autre problème (bouchon, conservation…) qui ne fait que dégrader un peu le vin peut se révéler sournois.

Sur le fromage, retour des blancs

La sélection de fromages de Suisse va permettre de beaux accords avec une sélection éclectique de vins blancs.

Suisse - Chasselas Epesses 1999 – Bovard : Le nez est parfumé, avec des notes de miel et de plantes façon pastille Weleda. La bouche est grasse, dense et sèche, un peu lactée avec des notes anisées en finale. Une belle bouteille dans un style inhabituel pour des buveurs de vin français. Bien

Arbois Pupilllin 1976 – Domaine de la Pinte : La robe est aune pâle. Le nez est âgé, évoque des fleurs séchées, du café, de la noix fraîche. La bouche est sèche, grasse avec de fines notes de champignon en fin de bouche. Le style rappelle un grand Meursault des années 60, ce chardonnay du Jura payé 8 francs à la fin des années 70 est tout simplement extraordinaire. Ce sera un des grands moments de la soirée.  Très Bien

Côtes du Jura savagnin 1989 – Château de la Muyre : la robe est jaune dorée. Le nez est typé avec des notes de pomme verte et d’eau de noix. La bouche est sèche, assez vive, corsée en gardant pas mal de finesse. La finale est marquée par des arômes de noix. Un beau vin, superbe sur le vieux Fribourg. Bien

Gewurztraminer Grand Cru Zinnkoepflé 1994 – Seppi Landmann : malgré une robe chatoyante la bouteille est malheureusement fortement bouchonnée. Certains diront qu’il ne faut pas parler des flacons bouchonnés dans le compte rendu d’une dégustation, je trouve au contraire qu’il faut tout mentionner. D’une part cela permet à chacun de se rendre compte de la fréquence réelle des problèmes de bouchon, d’autre part, en sachant que Seppi Landmann (présent au dîner) est à l’avant-garde de l’usage de bouchons synthétiques, cela ne peut que conforter ses choix. Non Noté

Gewurztraminer Cuvée des Comtes d’Eguisheim 1976 – Léon Beyer : la robe est jaune doré, profonde avec des reflets verts. Le nez est assez discret, évoque la vieille menthe et le tabac. La bouche est assez moelleuse, vive avec des notes grillées, donnant une sensation de fondu et de complexité impressionnante. Surtout, le vin ne parait pas son âge, les arômes de fruits secs, de miel et d’agrumes confits faisant presque penser à un vin de 1996. Le vin a plus l’allure d’une sélection de grains nobles que d’un vin sec, et sa tenue à l’oxydation est remarquable. Un fond  de bouteille de 1cm bu le lendemain soir était presque encore meilleur. Voilà une des bouteilles de l’année. Excellent

Gewurztraminer Vendange Tardive 1983 – Seppi Landmann : La robe est jaune citron, assez brillante. Le nez est citronné, un peu lacté. La bouche est grasse, légèrement moelleuse ave des arômes de fruit exotiques, avec une fin de bouche épicée. Un vin moyennement corsé et très fondu, typé Zinnkoepflé dans un style très élégant. Dur de passer après le 76 de Beyer, mais le vin y arrive très bien ! Très Bien

Pinot Gris Vendange Tardives 1990 – Seppi Landmann : une cuvée issue du Bollenberg. La robe est jaune citron avec des reflets verts. Le nez est très parfumé, avec des notes de miel, de fruit jaunes et de coquille d’huître. La bouche est pure, très sapide, moelleuse avec une acidité présente mais discrète. Un vin qui s’exprime en finesse, comme beaucoup de pinot gris 90 en ce moment. Très belle fin de repas, on avale le contenu des verres ! Très Bien

Un dîner superlatif comme seul Bernard sait en organiser, réservé aux palais de marathoniens de la dégustation. Même en utilisant les crachoirs, les papilles et surtout la concentration fatiguent quand même, altérant la perception des vins. Les blancs de bourgogne dégustés à l’aveugle au milieu de blancs alsaciens sont difficiles à apprécier, le changement de cépage et de style nécessitant de constantes adaptations. Une belle série de Bordeaux 1993 qui montre que les grandes cuvées ne sont pas tellement loin de leurs homologues de millésimes plus réputés, que ce soit au niveau de la maturité ou des tanins. Belle surprise et coup de cœur pour les deux vins du millésime 1976, un Arbois remarquable et un gewurztraminer Comtes d’Eguisheim de toute beauté.

Thierry